The phenomenon JAKARTA !
Mansour Gaye - Un entretien téléphonique que j’ai eu avec le Colonel Malick Cissé, conseiller du Président Wade, m’aura beaucoup aidé dans l’analyse de la situation révolutionnaire du transport urbain et extra-urbain lougatois, marquée par l’émergence des motos chinoises, estampillées sous le label Jakarta. À l’assaut des couches d’asphaltes dépéries de Louga depuis presque quatre mois, et devenu prématurément le premier moyen de transport en commun de ses habitants, le « phénomène Jakarta » mérite une lecture profonde.
Seulement, au moment de notre conversation, vielle d’environ deux mois, j’acquiesçais peu ou pas à son analyse qui cible l’inadéquation à utiliser un « deux roues », sorti d’usine pour usage particulier, comme moyen de transport en commun.
Mais le plaisir de voir une importante frange de la jeunesse du Njambur accrochée âprement à faire profit via une activité économique autre que celles de l’émigration, m’avait captivé malgré son argumentaire cohérent. À peine ai–je raccroché avec lui que j’émis cette conclusion : aussi inapproprié qu’il soit, le Jakarta permet une mobilité plus dynamique des populations en sus de fournir un prix de location avantageux de ses 2 places (200 francs). Et cela, non sans octroyer aux conducteurs une recette journalière pouvant dépasser 4000 francs.
Maintenant que le théâtre des drames se joue et se répète, je me suis rendu compte qu’il n’y a rien de plus vrai que les propos de Cissé. Le Jakarta est devenu l’ange exterminateur en pleine activité des motocyclistes lougatois et de leurs clients. Pas plus que la deuxième quinzaine d’août 2011, trois accidents mortels se sont déclarés dans la ville, avec un chiffre supérieur en blessés graves. Le dernier en date, causant de sérieuses blessures à une femme, n’a pas encore un mois. Tous ont eu pour cause une mauvaise conduite dans la circulation. Ces motos sont utilisées par des jeunes, adeptes d’aventures périlleuses sur la route et enclins à expérimenter les plus gros risques.
Au vu de tous les ravages de ce produit chinois qui a proliféré sur Louga et environs en raison de son prix de vente confortable (environ 400.000 francs), une réalité s’impose : sa dangerosité invalide tous ses avantages de transport en commun. C’est ce que notre édile Aminata Mbengue Ndiaye a compris. Elle avait d’ailleurs invité tous les motocyclistes commerciaux à se concerter de manière à voir comment structurer ce nouveau « marché informel » qui fragilise le business des taxis. Était-ce pour gonfler les recettes de sa commune ? Malheureusement, la première et l’unique rencontre tenue à la mairie a débouché sur une discorde. Si au début elle avait gagné les cœurs à la faveur d’une promesse faite aux jeunes conducteurs en vue de les former au code de conduite sur « deux roues », elle a fini par être « détestée » quand ces derniers sont informés de devoir dégager 50.000 francs pour l’obtention d’un permis (municipal) de conduire, 3000 francs mensuels en guise de taxes municipales et d’autres charges connexes comme les 15.000 francs requis pour l’obtention d’une vignette. Les propositions de la maire, jugées « frauduleuses », ont été simplement rejetées par ses hôtes. Une rencontre houleuse restée sans suite. Ce qui nous pousse à nous demander si l’équipe municipale réussira à faire du Jakarta un outil commercial « approprié » pour le transport en commun ?
Quand même, la Mairie a du sérieux travail. Car appropriation ou pas, la question de surveillance du trafic routier des mototaxis et celle de la structuration du statut de ceux qui tiennent les guidons demeure une urgence. Étant dans l’impossibilité d’empêcher la location de places pour les « deux roues », elle est néanmoins attendue pour régler certains problèmes que le dossier pose.
Pour réussir cette première expérience, elle doit orchestrer un rabais sur les différentes taxes et autres tarifs à payer, quitte à en subventionner une partie. Une fois la réglementation réussie, elle pourra réduire le venin de dangerosité du Jakarta, qui se cache dans la fougue et l’énergie des jeunes conducteurs. Cela, par des séances d’encadrement à la bonne conduite.
Ce n’est pas tout : sévir contre les fautifs constitue une autre mesure efficace pour protéger les citoyens ; lesquels citoyens qui vivent une transition surprenante du système de transport dans leur fief, sont loin d’être prêts à abandonner un si profitable marché. D'autant qu’un magasin de montage de motos Jakarta, sur le point de déverser ses abondants extrants sur la ville, vient d'y être installé.
Mansour Gaye
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