Mots croises avec Babacar Sarr, président du Fesfop de Louga : ‘Fesfop va se professionnaliser’
La onzième édition du Festival international de folklore et de percussions de Louga (Fesfop), prévue du 27 décembre 2011 au 2 janvier 2012 sera transitoire. Car le festival va se professionnaliser grâce aux deux appuis avec le Programme Pays Africalia-Belgium de la Belgique et le projet Suxat (redynamiser en Wolof) de l’Union européenne lancé mardi dernier.Dans l’entretien qui suit, le président du Fesfop, Babacar Sarr revient sur l’importance de ces partenariats qui vont permettre à son festival d’entrer de plain-pied dans le cercle des entreprises culturelles.
Wal Fadjri : Le Fesfop emprunte une nouvelle ère en s’attirant deux partenaires de taille : Africalia-Belgium et Union européenne. Peut-on savoir comment votre festival a pu bénéficier du ‘Programme Pays Africalia-Belgium-Sénégal-Fesfop’ ?
Babacar SARR : Tout est parti du plan stratégique réalisé avec Africalia-Belgium de la coopération fédérale Belge. Il faut cependant remonter à l’histoire, car Africalia, dont Dorine Rurashitse est la coordonnatrice régionale pour l’Afrique de l’Ouest, soutient le Fesfop depuis 2004, mais seulement au niveau de l’évènementiel c'est-à-dire le festival de fin d’année. On a évolué dans notre partenariat en 2008, où Africalia a financé un atelier de planification. Il y a eu un autre plan stratégique pour la période 2009-2011. Et en août dernier, Africalia est revenu à Louga pour un suivi évaluation de ce plan stratégique aussi bien en termes de visions qu’en termes de missions, d’objectifs et de résultats des activités. Nous avons largement suivi et discuté de façon rigoureuse de ce qui a été fait, de ce qui n’a pas été fait et du pourquoi cela n’a pas été atteint. Nos partenaires ont vu qu’on n’a pas été ‘bien’, mais ‘abien’. Les Belges, conscients et convaincus de ce que nous voulons et de ce que nous sommes en train de faire, ont décidé de nous ériger en programme pays.
Cela consiste à quoi ?
C’est une nouvelle orientation. Ce qui va être exceptionnel par rapport aux axes que nous allons embrasser et au volume financier qui va être débloqué pour que le Fesfop puisse maintenant passer à la professionnalisation. C’est ce qu’ils appellent ‘Programme Pays Sénégal Fesfop’. Ce programme Pays, qui va de la période 2012 à 2014, a retenu deux grands axes. Le premier axe est le management du Fesfop et de son Gie Cepcom surtout en terme de recrutement en personnel pour en finir avec le volontariat, le renforcement en équipements administratifs, en consommables et en formations ….Ce qui demande une gestion pointue. Le deuxième axe, concerne le festival du Fesfop. Pour que ce festival soit plus performant au plan de la conception, de l’exécution, de l’évaluation, de la participation des collectivités locales, des acteurs, de l’Etat. Cela demande beaucoup de choses : la régie son et lumière, les installations, les équipements, la formation des acteurs culturels, tout cela rentre dans le cadre de la professionnalisation. Mais Africalia ne s’est pas arrêtée là, car elle nous dit que ce sont les deux résultats sur lesquels Fesfop est éligible. Mais au-delà de cela, Africalia nous a demandé d’avoir les autres résultats, parce qu’il n’y a pas que Africalia comme partenaire du Fesfop. Il y a aussi les autres partenaires comme la Province de Namur, la ville de Turin, la Francophonie, la fondation Yéhudi d’Espagne, etc. Tous les partenaires vont participer de manière transversale à la mise en œuvre de ce plan avec des besoins assez élevés et qui se chiffrent à des centaines de millions sur les trois années. Pour le moment on ne connaît pas le montant exact de l’appui. Africalia a toujours voulu démontrer que la culture est un facteur de développement durable. Il a trouvé le Fesfop dans ce même sillage. Je crois qu’avec tout ça, nous serons tentés obligatoirement d’aller vers la professionnalisation. Et cela va nous conduire vers une restructuration du Fesfop, parce que pour être professionnel, il faut rompre avec certaines pratiques et certaines structures sclérosées.
Quel sera l’impact du programme pays sur les membres du Fesfop ?
Il y aura des impacts sur les membres du Fesfop surtout en termes de formations. Parce que n’oublions pas que nous nous sommes jetés à l’eau du festival sans être des professionnels. Moi qui te parle, je suis enseignant de profession. Je ne suis pas culturel. Même si on dit que l’enseignement mène à tout ! Mais, ça doit mener à la professionnalisation du secteur que tu conduis. Nous allons donc travailler en termes de formations avec les jeunes animateurs de la radio, le musée de percussions dans sa conception, ses objectifs et ses résultats, avec le personnel permanent et temporaire du Fesfop, sans oublier le tourisme responsable qui est un levier de lutte contre la pauvreté. Ce Programme Pays connaîtra à coup sûr des impacts sur les populations. Tout cela est dans le cadre logique avec des résultats spécifiés. Oui, il y aura des impacts, parce que Africalia, en appuyant le Fesfop, appuie tous ses membres dans leurs préoccupations.
Le programme peut-il se poursuivre au-delà de la période arrêtée ?
Si par la volonté des uns et des autres nous parvenions à avoir le maximum de résultats dans le cadre logique de 2012-2014, nous serions bien dans un autre plan pour 2015-2017. La balle est dans notre camp. En vérité, c’est avec un soutien annuel de 20 000 euros (environ 12 millions de francs Cfa) que nous avons commencé le partenariat avec Africalia. Puis, on est passé par un autre programme dit de décentralisation des actions culturelles. Ainsi, de la commune de Louga, nous avons élargi le Fesfop dans le département avec les communautés rurales de Niomré et de Léona. Ensuite nous sommes allés à Kébémer et Linguère. Cette année, nous irons à Dahra dans le département de Linguère et à Guéoul dans celui de Kébémer. Mais, ce n’est pas en dormant qu’on va y arriver. Nous serons évalués et audités obligatoirement. C’est pourquoi nous allons tout structurer avec un bureau et un conseil d’administration à côté d’un comité d’organisation du Fesfop. Ce sera donc une approche professionnelle. Nous serons intransigeants pour la vérification.
Au-delà de ce partenariat avec la Belgique votre structure a lancé mardi le programme Suxat (redynamiser en wolof) avec l’Union européenne est-ce la même chose ?
Non ça c’était un appel à projet. Nous avons eu l’appui du conseil régional, de la mairie, des partenaires traditionnels, le centre culturel, etc. Nous avions fait la soumission il y a un an et demi et il avait approuvé par principe notre projet tout en y apportant des modifications et des aménagements. Aujourd’hui, nous avons signé sa validation et nous avons procédé au lancement officiel de Suxat mardi avec un budget de 33 millions de francs Cfa. Le projet est financé à hauteur de 90 % par l’Union européenne à travers son dixième Fed (Fonds européen pour le développement), 2 % par la mairie de Louga, 3 % par la Cisv, une Organisation non gouvernementale italienne, et 5 % par le Fesfop. Ainsi, les artistes bénéficieront d’un renforcement de capacités techniques pour être plus professionnels. 225 artistes et acteurs de la culture sont concernés par le projet : comédiens, régisseurs, journalistes culturels, costumiers, tout le monde. Ce sont des formations qui vont se faire à Kébemer, à Louga ou à Linguère pour douze mois. Le Fesfop a été le premier à être reçu. C’est une source de fierté et de réconfort.
Peut-on dire que la onzième édition du Fesfop prévue du 27 décembre 2011 au 2 janvier 2012 sera plus professionnelle ?
La onzième édition se prépare et elle sera une édition de transition entre l’amateurisme et la professionnalisation. Parce qu’à partir de 2012, il nous faudra être professionnel. Au niveau de la régie programme, nous allons enrichir les plateaux avec des animations de quartiers qui vont passer de huit à douze. Au niveau des galas aussi, des améliorations devront être effectuées. C’est aussi valable pour le colloque, le carnaval et les autres activités du Fesfop. Quant à la présence des troupes, nous avons déjà la confirmation de la France, de la Belgique, du Bénin, de la Guinée et du Mali. Nous attendons l’Espagne et l’Italie et beaucoup d’officiels européens comme des ministres, des maires, etc. Au niveau de notre pays, les régions de Ziguinchor, de Kaolack, de Kédougou ou de Matam sont attendues en plus d’une vingtaine de troupes résidant dans la région.
Propos recueillis par Ama DIENG
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