[CONTRIBUTION]:Le malaise de la mal gouvernance
Par Docteur Moustapha LO - L’Alternance, grosse d’espoir, de renaissance et de libération a fini par accoucher de la misère et du désespoir. En effet, en 2000, les jeunes sénégalais alors âgés de 18 à 21 ans, sans emploi pour la plupart, se sont levés comme un seul homme pour renverser un régime socialiste que l’usure du pouvoir avait fini de complètement détacher des vraies préoccupations du peuple sénégalais.
Après 10 ans de règne sans partage de Wade et de sa famille les plaies sont encore béantes et la jeunesse d’alors qui disait « plus jamais » ne rêvait sans doute pas que le désarroi serait aussi accentué pour leurs jeunes frères aujourd’hui à la fleur de l’âge (18 à 21 ans).Devant le désespoir d’une vie sans lendemain prometteur et face à une élite arrogante qui agresse et miroite à cette jeunesse une opulence que rien ne justifie, apparaissent sournoisement les options radicales par rapport à l’avenir.
Barça ou Barsakh a été un phénomène révélateur de l’état d’esprit d’une jeunesse désemparée au moral atteint et complexée par un besoin d’affirmation qui n’est autre que matériel. Combien de talents ont déserté les écoles pour emprunter les chemins sinueux d’une aventure incertaine aux fins de laver les affronts et sauvegarder la dignité de leurs familles chaque jour atteinte. Au même moment, ceux qui ont fait l’Alternance sont devenus des cadres bien formés à la recherche d’un hypothétique débouché. C’est à croire que ceux qui avaient levé la main en 2000 quand Wade demandait qui n’avaient pas de travail, hélas 11ans après aucun n’a eu l’opportunité de la baisser.
La confiance en l’école sénégalaise comme moyen d’insertion sociale est très lointaine pour bon nombre de jeunes qui assistent au balai incessant de leurs aînés diplômés et sans aucun espoir de trouver du travail.
Cela ramène un peu à la conception du développement qui commande les priorités en matière d’investissement. Il est indéniable que des ouvrages de dernières générations ont été réalisés à Dakar lui conférant un visage plus moderne. Toutefois, tel n’est pas la priorité de l’écrasante majorité des sénégalais confrontée à des difficultés journalières de survie et de sécurité alimentaire.
Des investissements orientés vers le secteur de la production comme l’emblavement des sols, la valorisation de notre agriculture, le désenclavement des zones potentiellement de fortes productions, le traitement des productions agricoles pour une meilleure compétitivité, l’accompagnement technique des agriculteurs, le refinancement du secteur primaire, semblent autant d’axes à investir pour assurer la sécurité alimentaire sans laquelle aucune accumulation durable de richesses ne peut être envisagé pour un pays comme le Sénégal dont 70% des habitants sont des agriculteurs et des pasteurs .
Cela s’explique aussi par la non maîtrise des vrais besoins des populations par une élite politique qui fait de brèves incursions à la base qui ne leur permettent pas de comprendre la détresse des populations.
Le syndrome suicidaire de cette jeunesse tétanisée par l’exubérance de l’élite politique issue de l’Alternance a fait ses premières manifestations depuis le phénomène Barça ou Barsakh qui a endeuillé des centaines de familles restées jusqu’ici sans nouvelles de fils partis à la recherche d’un hypothétique meilleur devenir.
Aujourd’hui, les immolations sonnent le glas de l’impasse et appellent tous les hommes avertis et au premier chef le président de la République à une introspection pour extirper le manque de dialogue et de concertation qui cache tous les vices et couve toutes les haines. La liberté d’expression vantée partout par les autorités ne constitue hélas pas une finalité mais devrait être un moyen par lequel les aspirations légitimes des populations serait triées afin d’y apporter des solutions adéquates.
Malheureusement, malgré la multiplicité des moyens de communication, l’Etat a toujours fait preuve d’un mépris total devant les cris de détresse toujours renouvelés d’un peuple qui ne se reconnait plus dans les actes posés par le pouvoir. Pendant que les contribuables sénégalais voient leurs impôts chaque jour croitre par l’exploitation de toutes les niches possibles et imaginables ajoutés aux surtaxes sur tous les produits de consommation le président offre cette manne financière à son fils pour qui le Sénégal s’arrête à Diamniadio.En lieu et place de la satisfaction des besoins vitaux des sénégalais, surtout en matière d’énergie, Wade fils s’est contenté de donner à Dakar le visage qu’il lui a rêvé depuis sa tendre enfance. Cette confusion sans précèdent des affaires de l’Etat et de sa famille est le signe le plus éloquent du malaise de la mal gouvernance.
Docteur Moustapha LO
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